Société & Mentalité
Convivialité — Philosophie de vie plutôt que paresse
Convivialité est peut-être le mot allemand le plus difficile à traduire — et nulle part il n'est aussi vécu qu'en Autriche. Cela signifie bien plus que "confortable" au sens de commode. C'est une attitude de vie : prendre son temps, profiter du moment, cultiver la sociabilité, ne pas se presser.
La convivialité se manifeste dans le fait de rester des heures dans un café avec un seul mélange et trois journaux. Dans le brunch dominical au Heurigen avec des amis. Dans le "Schmäh führen" — la conversation détendue sans but ni pression temporelle. Dans le fait que les Autrichiens n'aiment pas avoir des rendez-vous un après-midi ensoleillé.
Pour les Allemands, souvent perçus comme efficaces et directs, cela peut être irritant. Mais ne confondez pas convivialité avec lenteur ou inefficacité — l'Autriche est l'un des pays les plus productifs d'Europe. Il s'agit plutôt de la priorité de l'humain : interrompre une conversation parce que l'horloge presse est considéré comme impoli. La bonne attitude : être détendu, se laisser porter, apprécier l'instant.
Le contraire de la convivialité est le Grant — une forme spécifiquement viennoise d'insatisfaction chronique, qui n'est cependant pas considérée comme impolie, mais comme authentique. Un serveur grognon dans un café viennois fait partie du décor comme la table en marbre. Ce n'est pas une insulte personnelle — c'est un style.
Tipp
Si quelqu'un à Vienne vous dit "Passt schon", cela peut signifier n'importe quoi — de la véritable satisfaction à l'acceptation résignée. Le ton fait la différence. En cas de doute : souriez et demandez.
Le Schmäh viennois
Le Schmäh est la technique culturelle numéro un de Vienne — et souvent difficile à comprendre pour les non-Viennois. C'est une forme particulière d'humour qui combine ironie, charme, légère méchanceté et exagération ludique. Le Schmäh n'est jamais tout à fait sérieux, jamais tout à fait non sérieux — il flotte dans un entre-deux que l'on peut ressentir, mais difficilement expliquer.
Un Schmäh classique fonctionne ainsi : on dit quelque chose de légèrement exagéré ou absurde avec un visage absolument sérieux. L'interlocuteur sait (ou devrait savoir) que ce n'est pas tout à fait vrai — et joue le jeu. C'est un ping-pong verbal où les deux parties s'amusent. Celui qui ne comprend pas le Schmäh et prend tout au pied de la lettre est "schmähresistent" — le pire jugement qu'un Viennois puisse porter.
Le Schmäh a une importante fonction sociale : il comble les hiérarchies, détend les situations tendues et crée de la proximité. Un chauffeur de taxi qui vous dit en montant "Na, wohin soll's geh'n? Flughafen? Oder gleich Karibik?" fait du Schmäh. La bonne réponse serait : "Karibik wär' super, aber i hab nur a Zwanzgerl dabei." On joue le jeu.
Les maîtres du Schmäh célèbres étaient Helmut Qualtinger (son "Herr Karl" est une satire impitoyable de l'Autrichien opportuniste), Georg Kreisler ("Tauben vergiften im Park") et actuellement des cabarettistes comme Josef Hader et Alfred Dorfer. L'humour noir — sur la mort, l'échec et la fugacité — est typiquement autrichien. Le célèbre bon mot : "Die Lage ist hoffnungslos, aber nicht ernst."
Titres & Formalité
L'Autriche est une nation des titres. Nulle part en Europe on n'accorde autant d'importance à la bonne appellation qu'ici. Ce qui serait moqué en Allemagne est pris très au sérieux en Autriche : le grade académique fait partie du nom comme le prénom — et l'omettre est un affront.
Les titres les plus importants en pratique :
- Herr/Frau Magister (Mag.) — diplôme universitaire, très répandu
- Herr/Frau Doktor (Dr.) — doctorat, utilisé presque toujours au quotidien
- Herr/Frau Diplom-Ingenieur (DI ou Dipl.-Ing.) — diplôme technique
- Herr/Frau Professor — non seulement les professeurs d'université, mais aussi les enseignants de lycée et une distinction honorifique accordée comme titre professionnel
- Hofrat, Ministerialrat, Sektionschef — titres de fonctionnaires qui sont encore utilisés aujourd'hui
Dans les lettres et e-mails, le titre est écrit en toutes lettres : "Sehr geehrter Herr Mag. Dr. Müller". Sur les cartes de visite, tous les titres sont mentionnés. Dans l'annuaire (oui, il en existe encore un), les titres sont répertoriés. Et dans l'avis de décès, ils figurent définitivement — en Autriche, le titre a une valeur d'éternité.
Dans la vie quotidienne, les Autrichiens se tutoient relativement vite — plus vite que beaucoup d'Allemands ne l'attendent. Mais : le "tu" doit être proposé, idéalement par la personne plus âgée ou de rang supérieur. Tutoyer sans y être invité est considéré comme impoli. À Vienne, on dit souvent en proposant le tutoiement : "Sagen wir Du?" — un moment rituel.
La salutation est importante : "Grüß Gott!" est la norme dans toute l'Autriche (ce n'est pas une confession religieuse, mais de la politesse). "Hallo" est plutôt perçu comme nord-allemand/fédéral-allemand. "Servus" est amical et informel. À Vienne, on entend souvent "Küss die Hand" (de la part des hommes envers les femmes, de plus en plus ironique).
Tipp
Dans les restaurants, hôtels et lors de vos achats, vous serez presque toujours vouvoyé. "Grüß Gott" pour entrer, "Auf Wiederschauen" en partant — et vous serez perçu comme un invité poli. Gardez le "Servus" pour les personnes qui vous ont offert le tutoiement.
Différences régionales
L'Autriche est un État fédéral composé de neuf Länder, et les identités régionales sont fortement marquées. Un Vorarlberger se sent plus proche d'un Suisse que d'un Viennois, et un Tyrolien aime souligner qu'il est d'abord Tyrolien et ensuite Autrichien.
Vienne — la capitale fédérale
Vienne est un univers à part entière. Avec 2 millions d'habitants, près d'un quart de tous les Autrichiens y vivent. Les Viennois sont considérés comme grognons, intellectuels, cultivés et un peu arrogants — du moins aux yeux de la province. En retour, les Viennois considèrent tout ce qui est en dehors du Gürtel avec une légère condescendance. La ville est cosmopolite, multiculturelle et de tendance gauche-libérale (bastion du SPÖ depuis 1919).
Basse-Autriche & Burgenland — l'Est
La Basse-Autriche est le plus grand Land en superficie, entourant Vienne et s'étendant du Weinviertel aux Préalpes. Le Burgenland — seulement depuis 1921 en Autriche (auparavant hongrois) — est le Land le plus à l'est et le plus rural, connu pour le vin, le lac de Neusiedl et la minorité croate.
Haute-Autriche & Salzbourg
La Haute-Autriche est le pays de l'industrie (Voestalpine, Lenzing), mais aussi le foyer du Salzkammergut avec ses lacs féeriques. Salzbourg — ville et Land — vit de Mozart, des festivals et du tourisme. Les habitants de Salzbourg sont considérés comme confiants et conservateurs.
Styrie & Carinthie — le Sud
La Styrie est le "cœur vert de l'Autriche" — vignobles, huile de pépins de courge et la charmante capitale Graz (patrimoine mondial de l'UNESCO). La Carinthie séduit avec le Wörthersee, un climat doux et une histoire complexe : la minorité slovène, les panneaux bilingues et le conflit des panneaux de Carinthie sont encore d'actualité.
Tyrol & Vorarlberg — l'Ouest
Tyrol est le pays des montagnes par excellence : confiant, attaché aux traditions, expérimenté dans le tourisme. La séparation du Tyrol du Sud (depuis 1919 en Italie) est une épine qui est toujours présente. Vorarlberg, le plus petit Land après Vienne, s'oriente vers la Suisse et le lac de Constance. Le dialecte alémanique est pratiquement incompréhensible pour les Autrichiens de l'Est.
Culture associative & Traditions
L'Autriche est un pays des associations. Il y a plus de 120 000 associations enregistrées — pour seulement 9 millions d'habitants. Que ce soit la pompiers volontaires (qui constituent l'épine dorsale sociale dans les communes rurales), la fanfares, le club de tir, le groupe folklorique ou le club sportif — la vie associative est le ciment de la communauté, surtout à la campagne.
Les traditions sont entretenues en Autriche avec une intensité qui surprend les étrangers. Ce n'est pas un musée folklorique, mais une culture vivante :
- Fasching et Perchtenläufe — dans les Alpes, des figures effrayantes avec des masques en bois et des cloches chassent les mauvais esprits au solstice d'hiver. Les Krampusläufe le 5 décembre (veille de la Saint-Nicolas) ne sont pas pour les âmes sensibles
- Érection du mât de mai — le 1er mai, un arbre décoré est érigé au centre du village (et volé par le village voisin si on ne fait pas attention)
- Montée et descente des alpages — au printemps, les vaches montent à l'alpage, en automne, elles reviennent décorées. Une fête pour toute la communauté
- Action de grâce — couronnes de récolte somptueuses et défilés en automne
- Marchés de Noël — de fin novembre à Noël, les places de la ville se transforment en marchés parfumés avec du punch, des pains d'épices et de l'artisanat. Vienne à elle seule compte plus de 20 marchés de Noël
Le costume traditionnel — Dirndl et culotte de cuir — n'est pas un déguisement en Autriche, mais un vêtement de tous les jours. Lors des mariages, des offices religieux, à la fête populaire et de plus en plus dans les restaurants haut de gamme, les Autrichiens portent naturellement le costume traditionnel. Un bon Dirndl coûte plusieurs centaines d'euros et se transmet de génération en génération. Important : le nœud du tablier révèle le statut relationnel — noué à droite signifie pris, à gauche célibataire.
Le bal est une institution profondément autrichienne. Vienne compte plus de 450 bals par saison (de janvier à carnaval) — du bal de l'Opéra (le point culminant de la société) au bal des Philharmoniker en passant par le bal des pâtissiers. Les débutantes en blanc, la valse à gauche, le langage de l'éventail — un morceau vivant de la culture K.u.K.
Tipp
Si vous êtes à Vienne entre novembre et février, assistez à un bal ! Beaucoup sont accessibles au public (billets à partir de 80–150 € environ). Le Kaffeesiederball en janvier et le Rudolfina-Redoute (bal masqué) sont particulièrement atmosphériques — et moins rigides que le bal de l'Opéra.
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