Histoire de la Malaisie
Préhistoire & Sultanat de Malacca
La péninsule malaise était depuis des millénaires un carrefour du commerce maritime — entre l'Inde, la Chine, l'Arabie et l'archipel des épices. Dès le 1er siècle après J.-C., des sources indiennes et chinoises mentionnaient la péninsule comme une station commerciale.
Le tournant est survenu vers 1400, lorsque le prince hindou Parameswara a fui Sumatra et fondé le Sultanat de Malacca. Sous le règne du Sultan Mansur Shah (1458–1477), Malacca est devenue l'un des ports les plus importants du monde — des marchands chinois, indiens, arabes et d'Asie du Sud-Est s'y rencontraient. La ville comptait à son apogée 200 000 habitants et contrôlait le détroit de Malacca, l'une des voies navigables les plus fréquentées au monde.
Parameswara s'est converti à l'islam (et a pris le nom d'Iskandar Shah), et avec lui, l'islam est arrivé en Asie du Sud-Est. La conversion n'était pas une conversion forcée, mais une décision stratégique : les marchands musulmans du Gujarat et d'Arabie apportaient richesse, et l'islam est devenu la religion des dirigeants. Le système sultanique malais, qui existe encore aujourd'hui en Malaisie (9 sultans règnent alternativement comme roi !), trouve ses racines dans cette époque.
Époque coloniale : Portugais, Néerlandais, Britanniques
En 1511, le Portugais Afonso de Albuquerque a conquis Malacca — la fin du sultanat et le début de 450 ans d'ingérence européenne. Les Portugais ont construit la forteresse A Famosa (dont les ruines subsistent encore aujourd'hui à Malacca) et contrôlaient le commerce des épices, mais n'ont jamais pu redonner à la ville son éclat d'antan.
En 1641, les Néerlandais ont pris le contrôle de Malacca (avec des alliés locaux) et ont réaménagé la ville — les bâtiments rouges du Dutch Square à Malacca (Stadthuys, Christ Church) datent de cette époque. Les Néerlandais étaient surtout intéressés par le monopole des épices et ont négligé Malacca au profit de Batavia (Jakarta).
En 1786, la Compagnie britannique des Indes orientales a fondé une station commerciale à Penang — le capitaine Francis Light a reçu l'île du sultan de Kedah en échange d'une protection militaire (que les Britanniques n'ont jamais fournie). En 1824, les Britanniques ont également pris le contrôle de Malacca, et en 1826, ils ont uni Penang, Malacca et Singapour pour former les Straits Settlements.
Au 19ème siècle, les Britanniques ont étendu leur influence à l'ensemble de la péninsule — officiellement en tant que « conseillers » des sultans malais, mais en fait en tant que colonisateurs. Ils ont amené deux groupes qui allaient changer la Malaisie à jamais : les travailleurs chinois pour les mines d'étain et les travailleurs indiens pour les plantations de caoutchouc. Cette division ethnique en trois — Malais, Chinois, Indiens — marque la Malaisie jusqu'à aujourd'hui.
Indépendance & Malaisie moderne
Le 31 août 1957, la Fédération de Malaya est devenue indépendante — Tunku Abdul Rahman a crié sept fois « Merdeka ! » (Liberté !) sur la place Merdeka à KL et est devenu le premier Premier ministre. En 1963, Sabah, Sarawak (sur Bornéo) et brièvement Singapour se sont joints — la Malaisie est née. Singapour a été exclu à nouveau en 1965 (une séparation annoncée en larmes par Lee Kuan Yew).
La jeune nation faisait face à d'énormes défis : le 13 mai 1969, des émeutes ethniques mortelles ont éclaté à KL entre Malais et Chinois — un événement traumatique qui marque la Malaisie jusqu'à aujourd'hui. En réponse, le gouvernement a introduit la NEP (New Economic Policy / politique Bumiputera) : un système de discrimination positive qui favorise les Bumiputera (Malais et peuples indigènes) dans les admissions universitaires, les participations d'entreprises et les achats immobiliers. La NEP est controversée — elle a créé une classe moyenne malaise, mais aussi alimenté les tensions entre les ethnies.
Sous le Premier ministre Mahathir Mohamad (1981–2003, 2018–2020), la Malaisie a connu une modernisation rapide : les tours Petronas, le circuit de Formule 1 à Sepang, la nouvelle capitale Putrajaya et l'industrialisation selon le modèle des « tigres asiatiques ». Mahathir est la figure la plus marquante — et controversée — de l'histoire malaisienne : visionnaire et autocrate, modernisateur et critique de l'Occident.
En 2018, un changement de pouvoir historique a eu lieu : Mahathir, âgé de 92 ans, a remporté l'élection contre le gouvernement corrompu de l'UMNO dirigé par Najib Razak, impliqué dans le scandale 1MDB (le plus grand scandale financier d'Asie du Sud-Est — 4,5 milliards USD détournés). Najib a été condamné à 12 ans de prison en 2022. La démocratie en Malaisie est vivante — même si elle n'est pas toujours sans heurts.
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